A la recherche des mythes d’Abyssinie

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"… Pour moi, je compte quitter prochainement cette ville-ci pour aller trafiquer dans l'inconnu. Il y a un grand lac à quelques journées, et c'est en pays d'ivoire : je vais tâcher d'y arriver. Mais le pays doit être hostile. Je vais acheter un cheval et m'en aller…" Lettre XVII, Harar, 4 mai 1881, Arthur Rimbaud.

Mais quelles raisons avait donc poussé le poète français à s'exiler dans le royaume d'Abyssinie et à y exercer durant cinq ans la profession de négociant avant de contracter une maladie mortelle ? Ma découverte du pays de le Reine de Saba démarre par l'aéroport immaculé et moderne d'Addis Abeba. La pluie tombe sans discontinuer. La ville n'est qu'empilement d'échafaudages et d'immeubles kitsch de béton portant la signature d'entrepreneurs chinois. Les bidonvilles composent l'autre facette de ce paysage urbain déprimant.  200 km au sud d'Addis Abeba, Vallée du Grand Rift.  Le lac Longano rougeoie. Seul lac de la région non contaminé par la bilharziose, il est devenu un lieu de villégiature le week-end pour les habitants privilégiés de la capitale et quelques touristes occidentaux. Des éleveurs pauvres vivent pieds nus sur les rives du lac à quelques mètres. Extrémité nord du pays, Axoum. Oui les mythes sont bel et bien vivants en Ethiopie. Une obélisque funéraire de 1700 ans, dérobée en 1937 par les troupes de Mussolini et restituée en 2005, se dresse plus de vingt mètre au dessus de ma tête. Des jeunes mariés Ethiopiens se font photographier au milieu des stèles de granite bleuté. De hautes herbes dissimulent les vestiges du palais de la reine de Saba. L'ingestion malheureuse d'un plat traditionnel de poulet en sauce épicé conclut douloureusement ma découverte des mythes d'Axoum. Un peu plus près d'Addis Abeba, s'étend à 1 829 m d’altitude Baher Dar, capitale de la région Amhara. Plus grand lac d'Ethiopie, le Lac Tana est le réservoir du Nil Bleu. Ses eaux poissonneuses sont parcourues par les pêcheurs à bord d’embarcations en papyrus. Les multiples îles du lac offrent un sanctuaire à d'anciens monastères. Un conducteur de tuk tuk accepte de me conduire aux chutes du Nil Bleu, distantes de 40 kilomètres. Des maisons traditionnelles en bois bordent la route. Des paysans amènent leur marchandise à la ville sur dos d'âne, en toge, pieds nus et abrités sous un parapluie. Dix minutes plus tard, le tuk tuk montre des premiers signes d'alerte. Le chauffeur obstrue le tuyau d'échappement avec un sac en plastique puis parvient, après maints soubresauts, à faire redémarrer l'engin cahotant. L'incident se répète une vingtaine de fois avant que je n'arrive à bon port devant les imposantes chutes du Nil Bleu. Gorgées de tonnes d'eau accumulées depuis le début de la saison des pluies, les chutes alimentent un puissant barrage hydro-électrique. Elles drainent leur torrent d'alluvions fertiles jusqu'au point de confluence avec le Nil Blanc à Khartoum. Je suis maintenant à Gondar, encore une autre ancienne capitale abyssinienne. L'ancienne cité royale demeure un lieu important d'échange avec le reste du pays. L'ancien hôtel d'Etat Goha est une ode aux styles néostaliniens en vogue dans les pays communistes d'Europe ou d'Afrique. L'hôtel a conservé ses rideaux et ses lustres surannés des années 70. Je parviens enfin à Lalibela, l'envoûtante Jérusalem noire. Le mystère de la construction de ses églises rupestres me confirme que les mythes ne se sont pas éteints en Ethiopie. Je comprends mieux ce qui avait poussé Arthur Rimbaud à venir se perdre un jour sur les terres d'Abyssinie.

Reportage réalisé en juillet 2010.